Comment réagir face à la déception d’un enfant ?

C'est bien l'écart entre les attentes, les espoirs, les rêves, les objectifs visés, les résultats escomptés et le réel de la vie qui fait naître la déception. C’est vrai pour les enfants autant que pour les adultes.

« C’est pas ça que j’voulais », lance Chloé (5 ans), dépitée devant la poupée déposée pour elle au pied du lapin. Poupée choisie avec amour et soin par le Père Noël. Mais voilà, l’objet du désir de Chloé, contemplé des dizaines de fois à la TV, s’appelait Marine et non Lili, ses cheveux étaient blonds et longs et non courts et bruns, ses vêtements princiers et non ordinaires etc. Cela a suffi pour que les larmes submergent cette petite fille et par ricochet brisent le cœur de sa mère. A 13 ans, Charles est lui aussi déçu : la console de jeux qu’il avait « commandée » manque à l’appel. Furieux, le voilà qui quitte la scène familiale pour se retirer dans sa chambre avec un « c’est nul vos cadeaux » lancé à la cantonade.

Comment réagir face à de tels comportements sans verser dans des jugements à l’emporte-pièce tels que : les jeunes d’aujourd’hui ne sont jamais contents ? Quelle attitude éducative adopter lorsque ceux qui ne sont pas encore adultes sont contrariés par une réalité qui ne correspond pas à leurs attentes ?

Car, en effet, c’est bien l’écart entre les attentes, les espoirs, les rêves, les objectifs visés, les résultats escomptés et le réel de la vie qui fait naître la déception. C’est vrai pour les enfants autant que pour les adultes. La déception d’un enfant au matin de Noël n’est donc pas condamnable, pas plus que la nôtre lorsqu’un événement vient empêcher la réalisation de nos désirs. Face au désenchantement d’un enfant, notre première attitude doit donc être celle de l’accueil et de la prise en compte de son émotion : « Je vois bien que tu es déçu, pour quelle raison es-tu triste ? Tu pensais que tu pouvais avoir tous les cadeaux que tu avais indiqués ? ». Une attitude qui pour être juste devra être exempte de culpabilité ou de dramatisation. Ainsi, parce qu’il se sera senti entendu et compris dans son émotion, l’enfant pourra reprendre plus facilement le fil de la fête qui ne se réduit pas aux seuls cadeaux marchands.

Une fois le calme revenu, l’adulte pourra aussi faire de la déconvenue de son enfant, l’occasion de l’éclairer sur les « limites » de toute réalité. Si l’enfant croit au père Noël: il pourra lui dire : « Le père Noël a fait ce qu’il a pu, il peut aussi se tromper », ou « Tu n’es pas le seul enfant à gâter, il en faut pour tout le monde, ou encore « Ta liste était trop longue etc.. ». Et à ceux qui n’y croient plus, le donateur pourra être plus concret, voire échanger à propos de ses choix éthiques et convictions : Financièrement, je (ou nous) ne pouvais pas faire plus, il fallait répartir notre argent pour les cadeaux de toute la famille, nous nous étions donné des limites à ne pas dépasser pour les cadeaux de Noël, nous voulions aussi donner à des associations etc. ».

Enfin, une fois les guirlandes remisées et sans attendre Noël prochain, posons-nous la question : que peut-on donner aux enfants et aux jeunes qui ne les décevra jamais ?

Agnès Auschitzka

Retrouvez chaque mois le billet d’Agnès Auschitzka. Formatrice, journaliste spécialisée dans les questions d’éducation et administratrice du Fonds Cœurs Vaillants-Âmes vaillantes, Agnès nous propose des pistes de réflexion sur des questions en lien avec l’enfance.

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