Bernadette et Jean-Claude (Marchiennes, 1952)

Cette équipe de jeunes, enthousiaste, adhérait au projet d'appartenir aux Coeurs Vaillants. Bon nombre d'entre nous, passions beaucoup de temps au local à discuter de la pédagogie du Mouvement et à préparer les jeux, les activités, et les saynètes.

Fin 1952, arrive dans notre Paroisse de Marchiennes, (3500 habitants), un jeune vicaire qui vient d’être ordonné prêtre.

Bernadette et moi-même Jean-Claude avons 10 ans et préparons notre “communion solennelle” comme on le disait alors.

Dans les premiers mois de l’année 1953, notre vicaire organise le “patronage” le jeudi après-midi dans un immeuble appartenant à la Paroisse, comprenant une grande salle au rez-de-chaussée pouvant accueillir une bonne centaine d’enfants.

Pas de cour pour jouer : elle est encombrée des ruines d’une salle des fêtes entièrement détruite lors d’un bombardement de la dernière guerre.

Avec quelques adultes et l’Abbé, nous les enfants participerons durant plusieurs mois au déblaiement de ces ruines, qui laisseront place à un grand terrain de jeux.

Au printemps 1953, grâce au charisme et au dynamisme de notre Abbé, pratiquement tous les garçons de Marchiennes âgés de 8 à 12/13 ans fréquentent le patronage à quelques rares exceptions. Jeux d’intérieurs, bandes dessinées, films des aventures de Tintin nous distraient, et un peu plus tard un téléviseur nous amuse avec ses westerns. Il nous arrive de compter le nombre de tués par flèches ou par balles !

Quel bonheur pour les enfants que nous étions alors, de nous retrouver ensemble à jouer, à découvrir les aventures de Tintin en BD et sur film, à nous émerveiller devant la lucarne “téléviseur” que possédaient  quelques rares privilégiés de notre ville.

Quand le temps le permettait, nous nous dirigions en chantant vers la forêt, distante d’un peu plus d’un kilomètre du patronage. Sur la route nous chantions de bon coeur ce qui appartient au répertoire des Cœurs Vaillants : “C’est nous les petits gars de France, à Cœurs Vaillants, rien d’impossible ; qui donc rassemblera son équipe au complet la première”, et d’autres refrains : “un éléphant qui se balançait, qu’est-ce qui n’a pas peur de rien, mais de rien c’est Tintin” , les deux Dupont ; ma mère n’a plus qu’29 poulets ; il était une charrette, tirez les gars”, etc.

En forêt étaient organisés des jeux de piste, de collerettes attachées dans le dos, de numéros fixés sur le front. Avant le retour au Patro, suprême récompense : une timbale de coco préparée avec l’eau de la ferme voisine nous désaltère !

Pendant les grandes vacances, le patronage en salle ou en forêt fonctionnait 4 ou 5 jours durant la semaine. Nos familles étaient ravies : les activités du patro nous occupaient sainement et nous enfants, étions heureux de jouer et de grandir ensemble.

Très rapidement, l’Abbé nous fit connaître le journal “Cœurs Vaillants”que nous diffusions dans tous les quartiers de notre village. Je pense que nous dépassions la centaine d’exemplaires vendus. Le journal nous présentait ses héros en particulier Frédéri, le gardian dessiné par Robert Rigot. Je me souviens aussi d’un autre dessinateur Pierre Brochart et de “Luc Ardent” auquel les lecteurs pouvaient écrire au journal.

Notre Abbé persévérait dans son projet d’amener les enfants du patronage au Mouvement “Cœurs Vaillants” en préparant des jeunes dont je faisais partie, leur expliquant le Mouvement et leur confiant des petites responsabilités. Dans le même temps il suscitait dans chaque quartier des relais de parents pour soutenir ces jeunes.

Cette équipe de jeunes, enthousiaste, adhérait au projet d’appartenir aux Coeurs Vaillants. Bon nombre d’entre nous, passions beaucoup de temps au local à discuter de la pédagogie du Mouvement et à préparer les jeux, les activités, et les saynètes.

Selon leur âge, les enfants appartenaient alors au groupe des “Cœurs d’Or”, des “Ardents”, ou des “Entraîneurs”.

Vers 1956, Bernadette, Clotilde et Arlette, des adolescentes ouvrirent un patronage pour les filles dans une salle contigüe au Presbytère, souhaitant adhérer à la pédagogie du Mouvement Âmes Vaillantes”.Elles diffusaient le Journal “Âmes Vaillantes”, et plus tard “Fripounet”. Leur diffusion progressa rapidement pour atteindre la centaine d’exemplaires.

Nous nous rappelons d’une grande fête initiée au niveau national en 1956 appelée “La coupe de la joie” qui eut lieu un dimanche sur la grand ‘place de Marchiennes, devant nos parents et bon nombre d’adultes intéressés par la démarche des Cœurs Vaillants.

Vint ensuite la fête de “L’an 2000” à laquelle les Âmes Vaillantes se joignirent.

Les Âmes Vaillantes pour un anniversaire de leur Journal, participèrent à une grande fête avec l’élection de la Princesse “Âmes Vaillantes” dont le rôle fut tenir par Jacqueline Rachez, une jeune fille de Marchiennes.

Dès 1954, durant les vacances d’été, l’Abbé organisa une colonie de vacances. La première équipe, vit partir pour Tracy-le-Mont dans l’Oise, une quinzaine de colons dont j’étais, en camion bâché prêté par le père d’un colon. L’époque autorisait ou plutôt négligeait sans doute ces imprudences ! Elle dura 15 jours. Les suivantes toujours à Tracy-le-Mont et ensuite à Conteville sur la Côte du Nord, durèrent 3 semaines et le voyage s’effectua en autocar !

En colo, nous vivions l’esprit “Cœurs Vaillants”avec les foulards, jaune, orange et rouge, la levée des couleurs, le salut Cœurs Vaillants : “Tous ! Unis !”, la prière du soir à la chapelle de la colo avec le chant : “Seigneur Jésus, qui aimez tant les Cœurs Vaillants, bénissez mes frères…”. Les colonies permirent de belles excursions à Paris et dans l’Oise. Beaucoup d’entre nous découvraient pour la première fois l’aéroport du Bourget, le zoo de Vincennes, les monuments de Paris et d’autres lieux de l’Oise et du Boulonnais.

A la fin de cette année 1959, je fus appelé à la fédération de Cambrai, en continuant d’être présent au groupe de Marchiennes. Ce fut l’époque où je me déplaçais avec l’aumônier, souvent en fin de journée dans les presbytères pour rencontrer les prêtres du diocèse et les inciter à lancer l’Action Catholique de l’Enfance, où à la soutenir là où elle démarrait.

L’équipe fédérale animait des rencontres et des formations de responsables et organisait de grands rassemblements diocésains d’enfants et de responsables, dont l’un me revient à l’esprit, celui de Locquignol, en forêt de Mormal dans l’Avesnois, où un grand jeu fut proposé.

Le journal de la fédé s’appelait “Le Lien”. Il apportait nouvelles et témoignages des équipes, présentait la campagne d’année, et appelait à participer aux rencontres et aux formations par secteurs, etc.

En mai 1962, j’accomplis mon service militaire.

Des jeunes assurèrent les activités du Mouvement sur notre Paroisse.

À mon retour, j’accompagnais ce qui existait sur Marchiennes et repris mon service à la fédé.

En novembre 1964, j’eus le bonheur de vivre la rencontre nationale du Mouvement CV-AV à Issy-les-Moulineaux à laquelle 500 fédéraux participèrent. Nous étions 5 de Cambrai, en lien avec les fédéraux d’Arras et de Lille.

Le travail se fit par carrefours d’âge et de région, à partir d’un livret de 150 pages qui relatait la vie des enfants de 6 à 15 ans. On y redisait que l’évangélisation auprès d’eux était nécessaire et possible. L’ACE devait être fidèle à leur vie, à ses réalités et à sa mission de prendre en charge les enfants de tous les milieux.

Bernadette dont j’ai parlé dans ce témoignage et moi, fiancés peu après mon retour du service militaire, nous marièrent en 1966. Il y aura 50 ans en août !

Malgré le départ de plusieurs responsables en raison de leurs études, le Mouvement Cœurs Vaillants-Âmes Vaillantes continua à vivre jusqu’à notre mariage.

1968 approchait… Les mentalités évoluaient… Les enfants étaient séduits par des activités municipales et sportives qu’on leur proposait. Les parents et les enfants s’éloignaient peu à peu de l’Eglise, dont l’influence déclinait. Il devenait difficile d’éveiller des jeunes à un engagement pour l’ACE.  La belle aventure de l’ACE s’essoufflait et petit à petit s’éteignait dans notre paroisse.

Pendant plusieurs années, nous avons assuré la diffusion des journaux Fleurus dont les titres avaient évolué.

Beaucoup d’enfants et de dirigeants ont aujourd’hui quitté Marchiennes, quelques-uns sont hélas décédés. Ceux qui y habitent encore se souviennent avec bonheur de leur enfance au temps des Cœurs Vaillants et des Âmes Vaillantes. Lors d’un gala de danses, en janvier dernier, Bernadette et moi, nous retrouvèrent placés près de Françoise, une ancienne Âme Vaillante qui avait quitté Marchiennes avec laquelle nous échangeâmes quelques bons souvenirs. Il y a quelques mois, traversant une rue, Serge, un ancien Coeur Vaillant : “Bonjour Jean-Claude ! À Coeurs Vaillants !”. Je lui ai répondu joyeusement “Rien d’impossible” !

L’ACE nous a beaucoup aidés dans notre vie de parents, d’animateurs d’ados, de catéchistes (nous le sommes encore actuellement animant le groupe d’un de nos petits-fils). Son esprit et sa pédagogie ont imprégné notre vie de citoyens et de croyants. Aujourd’hui encore, nous gardons au cœur la pédagogie de l’Action Catholique : “voir-juger-agir” et nous efforçons de vivre, en l’adaptant au contexte actuel.

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