Pierre (Somain, 1959)

L'apparition en dessin animé de Félix le chat ou Mickey était saluée par des hurlements de joie. Aussi celle des comiques, Charlot, Buster Keaton, Laurel et Hardy... Dans les films de cow-boy, le silence du suspens était vite remplacé par la frénésie de la salle lors du galop final.

A peu près en même temps que l’école, j’étais inscrit au patronage. L’école était d’ailleurs incluse dans l’ensemble des salles paroissiales du patronage Saint-Louis. L’abbé Marcel Godinot était le formidable animateur de ce patronage. Il avait créé une section de « Cœurs vaillants »; le jeudi dans la cour les jeux comme le jeu du foulard [aussi appelé jeu du facteur] battaient leur plein. Puis avec lui, dans la grande salle, deux cent cinquante garçons entonnaient : « C’est nous les petits gars de France… » ou bien « À cœur vaillant rien d’impossible… ». La “chanson des pommes de terre” n’avait pas un moindre succès.

Avec impatience on attendait la distribution du journal Cœurs vaillants et la suite des aventures de Tintin ; en 1931, c’était la fin de «Tintin en Amérique». Pour la diffusion du journal, les patronages de France étaient en compétition. Les premiers étaient dans le Nord ; Somain rivalisait avec Sin Le Noble, près de Douai ou St Nicolas de Wasquehal entre Lille et Roubaix. Une année, on a même été champion. L’abbé annonçait les résultats sous les vivats. La séance de cinéma pouvait alors commencer. De la cellule de projection se dégageait à travers le cône de lumière les volutes bleues de fumée des cigarettes de l’abbé. L’apparition en dessin animé de Félix le chat ou Mickey était saluée par des hurlements de joie. Aussi celle des comiques, Charlot, Buster Keaton, Laurel et Hardy… Dans les films de cow-boy, le silence du suspens était vite remplacé par la frénésie de la salle lors du galop final. Les films historiques, Napoléon, Jeanne d’Arc, Danton… avaient aussi un public attentif.

A la belle saison, on allait vers des terrains de jeu plus vastes au pied des terrils. Traversant la cité, on avait pour l’occasion un uniforme, une idée de l’abbé Godinot : foulard rouge, chemise bleu-roi, culotte blanche. Celle-ci ne restait pas longtemps blanche, dès le retour à la maison, ma mère trempait dans le tout, uniforme et gamin dans le baquet.

Le dimanche, les salles du patronage étaient réservées aux adultes. Mes parents y allaient voir les films, dont ceux qui nous avaient été passés le jeudi. Alternant avec des pièces de théâtre, jouées par la troupe local, comédie de Labiche, drames mettant en scène des héroïnes de la guerre… ou bien des saynètes faisant défiler des figurants connus du voisinage, spectacle qui régalait mes parents.

Un jour, l’abbé Godinot a été nommé dans une autre paroisse, un drame pour le patronage, petits et grands ; son départ était un présage du nôtre.

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