Agir par le sourire

Ma fille de 8 ans, Sophie, est très sensible à la pauvreté que nous voyons dans les rues, elle insiste pour que nous aidions personnellement les sans-abris. Comment faire coïncider notre envie d’aider et nos engagements caritatifs existants, avec nos responsabilités de parents ? Anne-Lise, 35 ans, Paris

Aujourd’hui, la pauvreté et le mal-logement s’exposent au grand jour. Un enfant qui bénéficie d’une sécurité affective et matérielle suffisante imagine difficilement que l’on puisse manquer de tout, et surtout de l’essentiel, à savoir manger à sa faim, se vêtir et dormir dans un lit ? Spontanément, l’incompréhension et la peur se mêlent dans sa tête et dans son cœur : « Pourquoi une telle injustice ? Et si moi, cela m’arrivait un jour ? ». Puis vient à sa conscience le désir de venir en aide à ces personnes démunies. C’est le cas de Sophie qui demande avec insistance à sa maman de venir au secours de cette population « sans-abri ». Comment Anne-Lise peut-elle honorer la demande de sa fille sans remettre en cause ses autres engagements ni son équilibre de vie ? Il est une règle en éducation qui peut l’aider à discerner : S’il est du devoir des adultes de répondre aux besoins des enfants tant qu’ils ne peuvent pas les prendre en charge eux-mêmes, il ne leur revient pas de « combler » leurs désirs, aussi beaux et justes soient-ils.  Seulement les adultes peuvent-ils éclairer les enfants et les accompagner afin qu’ils puissent réaliser par leurs propres moyens les désirs qui leur sont accessibles.

Ainsi, Anne-Lise doit répondre à son besoin premier de comprendre. Elle suscitera ses questions et essaiera d’y répondre avec simplicité et vérité : Pourquoi ces gens dorment-ils dehors ? Pourquoi leurs parents ne les aident pas ? Comment ils se lavent ? Qui leur donne à manger ? C’est vrai qu’ils préfèrent mendier plutôt que travailler ? Pourquoi ces enfants ne vont pas à l’école ? Est-ce qu’ils resteront toujours dans la rue ? Ces échanges permettront à l’enfant de découvrir quelques facettes de la vie de ces personnes sans-abri, d’apprendre aussi à rejeter les idées fausses les concernant et enfin de découvrir les aides et initiatives solidaires qui existent pour elles.

Mais Anne-Lise devra aussi répondre aux possibles inquiétudes de sa fille.  Elle l’interrogera sur les sentiments que fait naître chez elle la rencontre de ces personnes en grande précarité et elle lui montrera les solides appuis dont elle bénéficie. Quand la famille d’un enfant connaît une période de fragilité (chômage, maladie etc.) ce besoin d’être rassuré doit être particulièrement pris en compte pour pallier à l’angoisse d’abandon que de telles scènes réveilleront chez lui.

Puis viendra – dans la foulée ou plus tard- le moment d’écouter le désir de Sophie d’aider ces personnes et de lui dire, qu’à son niveau à elle, elle peut aussi agir. A commencer par prendre l’habitude d’offrir son sourire, sans attendre de retour, à ces personnes qui souffrent tant d’être si peu regardées. Anne-Lise peut aussi suggérer à sa fille de réfléchir avec les adultes, là où elle vit avec d’autres enfants de son âge (école, mouvement, voisinage) à ce qu’ensemble ils pourraient faire pour ceux qui vivent dans la rue.

Agnès Auschitzka.

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