3 actions de charité

Parmi les écrits du Père Gaston Courtois, un opuscule sur la Charité dont le caractère concret lui a fait rencontrer du succès. Le texte ci-dessous condense des extraits de la 15e édition publiée en 1930. On y trouve la charité déclinée en trois verbes d’action : pardonner, supporter, se dévouer. Des pistes à lire et à relire pour augmenter en nous l’esprit de charité !

1° Pardonner aux autres !

Le pardon est une des choses les plus difficiles à l’homme pour vivre la charité. Devant une injure, une insulte, un mauvais procédé, surtout des paroles, des actes injustes en série, témoignant mésestime ou aversion, l’amour-propre vexé et le cœur blessé se cabrent. C’est là qu’il est bon de se rappeler qu’on est chrétien et de redire lentement la phrase du Notre Père : « Père, pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». A nous de choisir : deux dettes sont en présence, ce que nous devons à Dieu et ce que le prochain nous doit. Les autres nous ont offensés, soit ; mais nous, n’avons-nous pas offensé Dieu ? Il y a entre ces deux dettes une immense disproportion. 

La parabole des deux serviteurs (Matthieu 18, 23-35)  nous invite à pardonner aux autres autant que Dieu nous pardonne. 

Il ne nous sera pardonné qua dans la mesure où nous-mêmes nous aurons pardonné aux autres : « Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais triomphe du mal par le bien. » (Saint Paul Epître aux Romains XII, 21) Une personne qui avait beaucoup à se plaindre de quelqu’un parla de sa peine à sainte Mechtilde, à qui Notre Seigneur dit ensuite : « Dis-lui qu’elle me donne ses ennemis en les recommandant à ma miséricorde, et Moi je me donnerai à elle en éternel héritage. » Une injustice charitablement supportée peut, en cinq minutes, faire avancer une âme plus vite qu’une année de prières et de jeûnes.

2° Supporter avec patience : un effort clé pour gagner en charité

Il est bien évident que personne n’est parfait, et que partout nous trouverons des gens qui auront des défauts agaçants ou pénibles.

Mais ne nous laissons pas hypnotiser par les défauts du prochain !

Communions par la pensée à la charité que Jésus a pour ce prochain : Jésus a souffert pour lui comme pour nous.

Amour de Jésus pour X … , venez en moi et remplissez mon cœur,

Bonté de Jésus pour X … , venez en moi et remplissez mon cœur 

Charité bienfaisante de Jésus pour X. .. , venez en moi et remplissez mon cœur.

Indulgence de Jésus pour X … , venez en moi et envahissez-moi.

Ce prochain a des défauts : offrez au Père éternel les vertus opposées du Cœur de Jésus, pour obtenir sa guérison. Rappelons-nous les paroles de Notre Seigneur à sainte Mechtilde :

« Si quelqu’un veut me faire une offrande agréable, qu’il s’applique à atténuer et à expier les défauts et les péchés de ses frères, autant qu’il le peut ; je promets d’être très attentif à toutes les nécessités de celui qui pratiquera cela et d’excuser devant mon Père ses péchés et ses négligences. (Livre de la grâce spéciale, 4epartie, chapitre VII) »

Et si nous faisons l’inventaire des vertus de ceux avec qui nous vivons ?

Ce prochain, d’ailleurs, n’a pas que des défauts ; il a certainement des qualités, et c’est une excellente méthode pour nous aider à faire grandir en nous l’esprit de charité que de faire de temps en temps l’inventaire des vertus de ceux avec qui nous avons à vivre, en ajoutant un grand etc. pour toutes les qualités cachées que nous n’avons pas su détecter. Et il y a une offrande qui plaît toujours au Seigneur : celle qui consiste à Lui présenter comme un bouquet toutes les bonnes actions, connues ou inconnues, de ceux qui nous entourent.

Souvenons-nous, nous aussi, que nous avons des défauts à faire supporter 

« Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton frère ? disait Notre Seigneur. Et la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? Ou bien, comment iras-tu dire à ton frère : Attends ! que j’enlève la paille de ton œil ? … Et voici que dans ton œil il y a une poutre ! Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil, et a/ors tu y verras clair pour enlever la paille de I’ œil de ton frère (Évangile de saint Matthieu). » C’est toujours l’histoire de la besace du fabuliste : on se voit d’un autre œil qu’on ne voit son prochain.

Soyons patients et indulgents pour bien vivre la charité

Il faut être toujours et malgré tout indulgent lorsque nous recherchons la charité. Dans les torts des autres à notre égard, il y a en général un peu de notre faute. Que le froissement venu du prochain soit pour nous l’occasion d’un sincère examen de conscience, et que le tort d’autrui disparaisse devant ce que nous découvrirons en nous de faiblesses et de fautes. « On oublie trop facilement que Jésus-Christ a connu les froissements, Lui qui pénétrait toutes choses et qui avait le sens de toutes les délicatesses, de toutes les nuances d’âmes ; combien parfois Il a dû souffrir de l’incompréhension ou de l’étroitesse d’esprit de ceux qu’Il aimait pourtant d’une incomparable tendresse … ; et nous, nous ne savons pas accepter les moindres heurts… » remarquait avec humilité Elisabeth Leseur.

3° Se dévouer, un effort pour la charité

Une fois qui n’agit pas, est-ce une foi sincère ? On pourrait en dire autant de la Charité. Le premier mot de l’amour n’est pas « Je vous aime » mais « Je vous sers ». « Il faut aimer le prochain à la sueur de notre front et à la fatigue de notre bras », disait saint Vincent de Paul. Gardons-nous de prendre à notre compte la parole d’une bonne dame qui déclarait à son directeur : « Mon Père, je ne manque jamais à la charité, je ne m’occupe jamais des autres… » Il y a des péchés d’omission contre la charité, et ce ne sont pas les moins graves. Quand Notre Seigneur veut donner le barème d’après lequel se feront les condamnations au dernier jour, Il n’énumère que les péchés d’omission : « J’avais faim et vous ne m’avez pas donné à manger, soif, et vous ne m’avez pas donné à boire… » et le reste, cinq griefs, tous des omissions. Il y a des âmes que Dieu a résolu de n’aider que par nous. C’est pourquoi cherchons à faire aux autres ce que nous voudrions qu’on nous fît à nous-mêmes. 

La charité dans la bienveillance sympathique et encourageante

« Que de nobles cœurs ont succombé sous le poids de l’accablement venant du manque de sympathie. Que de plans pour la gloire de Dieu tombés à l’eau, faute d’un sourire et d’un regard ami… », notait, avec sa longue expérience de la vie, le Père Faber. Ce n’est pas vraiment de la charité que de rester indifférent aux efforts des autres. Et le : « Après tout, il n’a fait que son devoir !» est une phrase qui dénote un singulier manque de psychologie. Notre Seigneur, avec infiniment de tact, ne cessait d’encourager ses disciples, pourtant si souvent décourageants pour Lui. Son « Buge serve bone … – Courage, bon et fidèle serviteur », marque bien quelle doit être notre attitude en face de tout acte de bonne volonté.

La charité dans une bonté positive dans les pensées, les paroles et les actions.

A notre insu, ce sont nos pensées qui influent sur notre comportement. Nous sommes, pourrait-on dire, des êtres émetteurs d’ondes, et sans que nous y prenions garde, ces ondes sont positives si nos pensées sont bienveillantes et orientées vers la charité, elles sont négatives si elles sont marquées au coin de l’indifférence, a fortiori du mépris. Il suffit de dire tout bas intérieurement, avec un grand esprit de foi, à des gens que l’on rencontre : « Si vous saviez comme je vous aime », pour que nous soyons mieux disposés à leur égard et qu’eux-mêmes soient plus ouverts à la confiance. Qu’elle est émouvante cette confidence en matière de charité du professeur Antoine Martel, que l’on trouve dans une de ses correspondances datées de Cracovie (7 juin 1930) : « Mon voyage proprement dit a été une vraie source de joie pour moi. J’ai regardé tous ces étrangers avec lesquels je roulais pendant des heures, comme des frères bien-aimés mis par le Seigneur sur ma route pour que, par ma prière intérieure, je les aide, que je m’offre en même temps à leur fraternité. »

Dans les paroles : soyons doux !

Dans une lettre qu’il écrivait à Robert de Sergis, saint Vincent de Paul avouait tout bonnement – peut-être était-ce une manière délicate d’inciter son cor­respondant à pratiquer lui-même la charité : « Lorsqu’il m’est arrivé de parler sèchement, j’ai tout gâté. Je prie Dieu qu’il vous fasse la grâce de vous tenir à l’esprit de douceur. Jamais l’aigreur n’a servi qu’à aigrir. » C’est un fait que l’on n’a jamais à gagner d’être dur, encore moins d’être violent. Cela demande, il est vrai, une certaine maîtrise de soi. Mais lorsque nous sentons que nous com­mençons à perdre patience, vite rappelons-nous le conseil de Guy de Larigaudie en matière de charité : « Il est un bon moyen de se créer une âme amicale : le sourire. Pas le sourire ironique et moqueur, le sourire en coin de lèvres, qui juge et rapetisse. Mais le sourire large, net. »

La charité en actions doit s’exprimer par le souci de rendre service

N’est-ce point la même vision de la charité qui est contenue dans ce conseil de Gustave Thibon à l’apôtre novice : « Tu entres en lice chargé d’argu­ments puissants, mais ne vois-tu pas que ton adversaire attend d’abord un baiser de toi ? Avant de lui prouver que tu as raison, prouve-lui que tu l’aimes. Après ton baiser, tes arguments les plus pauvres seront irréfutables. » Et le Père Faber nous dit : « La bonté a converti plus de pécheurs que le zèle, l’éloquence ou l’instruction, et ces trois choses n’ont jamais converti personne sans que la bonté y ait été pour quelque chose. » Oui, la charité en actions doit s’exprimer par le souci de rendre service. 

Par un zèle ardent à améliorer, dans la mesure de nos possibilités, les conditions de vie morale et matérielle de ceux qui nous entourent

« Avant de songer à sauver leurs âmes, fait dire Jean Anouilh à Monsieur Vincent en son film célèbre, il faut donner aux pauvres une vie qui leur permette de prendre conscience d’en avoir une. » Les Souverains Pontifes l’ont fréquem­ment répété dans leurs encycliques sociales, après saint Thomas d’Aquin : « Il faut un minimum de bien-être pour pratiquer la vertu. » La charité ne dispense pas de la justice ; elle doit, au contraire, stimuler dans le cœur chrétien un immense désir de travailler effica­cement à une meilleure justice sociale. Justice et charité se compénètrent et, selon le mot de saint Augustin, s’harmonisent. La charité, avec cette intuition qui pro­cède toujours de l’amour, aide à détecter l’injus­tice et le remède à y apporter. N’est-ce point Hugues de Saint Victor qui disait que « Celui qui s’efforce de connaître avec son cœur voit plus loin que celui qui se contente de regarder avec son esprit. »

Enfin, la charité arrondit les angles de la jus­tice 

La charité arrondit les angles de la jus­tice qui risque parfois de se durcir et, par un paradoxe, de devenir injuste. La charité surélève la justice, l’amenant à transformer en rapports d’ami à ami, fils du même Père, les rapports d’homme à homme qu’elle a à régler. Le chrétien qui aime ses frères et veut les aider se rend vite compte que seul il ne peut pas grand chose pour guérir certaines plaies sociales. Aussi, sans dédaigner les occasions de soulager dans la mesure de nos moyens les détresses que, providentiellement, le Seigneur nous fait ren­contrer, nous devons attribuer l’importance qu’elle mérite à l’action concertée, qui seule peut réduire certaines misères sur le plan insti­tutionnel. En tout état de cause, n’oublions jamais que la façon de donner et de nous donner a plus de valeur aux yeux de Dieu – et aussi aux yeux des hommes – que le don lui-même.

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