Dès 1940, de premiers groupes Cœurs vaillants existant en-dehors de la France métropolitaine sont reconnus officiellement. Les années qui suivent verront des groupes Cœurs vaillants se créer dans la plupart des anciennes colonies françaises. En 1962, une première rencontre internationale des Cœurs vaillants se déroulera à Paris et c’est dix ans plus tard que le Saint-Siège reconnaîtra la Commission Internationale des Cœurs vaillants devenue MIDADE. Voici quelques extraits de l’ouvrage La force des enfants de Vincent Feroldi, paru en 1987.

En éditant un journal spécialement destiné aux enfants africains, « Petit frère » de Cœurs Vaillants et d’Ames Vaillantes, le mouvement Cœurs vaillants-Âmes Vaillantes montrait qu’il était fortement implanté en Afrique noire et qu’il avait su mettre en place toute une organisation apte à soutenir la vie des nombreux groupes d’enfants. La parution du nouveau journal témoignait aussi de la constante volonté des responsables de l’Union des Œuvres à tenir compte de ce qu’était la vie des enfants dont ils s’occupaient. Si, pendant la guerre, ils avaient créé un supplément pour les petits gars et petites filles de la campagne, c’est qu’ils avaient voulu prendre en compte leurs manières de vivre et d’être, différentes de celles des enfants de la ville. 

Faire aimer aux enfants leur propre culture

En 1954, en ces années de décolonisation et à la tille de la conférence de Bandung qui réunira du 18 au 24 avril 1955 les représentants de vingt-neuf pays du tiers-monde parmi lesquels Nehru, Chou En-lai et Sukarno, l’Union des Œuvres contribue à la création de Kisito. Les dirigeants des Coeurs vaillants souhaitent s’adapter aux réalités africaines et qu’elle désire faire aimer aux enfants leur propre culture. Certes cela ne va pas jusqu’à « africaniser » totalement le journal, loin de là, mais des pages comme celles sur le folklore ou la musique peuvent permettre aux enfants d’être fiers de leurs coutumes et traditions locales. (…)

Les premiers mouvements Cœurs Vaillants-Âmes Vaillantes en Afrique du Nord et en Égypte dans les années 1940

1940 avait vu les premiers groupes d’Afrique du Nord être reconnus officiellement. Le printemps 1942 avait permis à quelques dirigeants nationaux de leur rendre visite et de prendre conscience de l’incroyable développement du mouvement par-delà la Méditerranée. 1944 alla apporter à Jacques Cœur et Jean Vaillant une immense joie : la constitution d’un mouvement Cœurs Vaillants-Ames Vaillantes en Égypte. Il ne faut certes pas se leurrer sur l’importance de celui-ci et il n’est pas inutile de rappeler le caractère particulier de l’Église locale. Mais le signe est là : 13 mars 1944, les trois ordinaires latins d’Égypte signent l’acte officiel de constitution et nomment « dans les vicariats apostoliques d’Égypte, du delta du Nil et du canal de Suez, le révérend-père Alexandre Gaignoux, des missions africaines, directeur général du « mouvement Cœurs Vaillants-Ames Vaillantes ». 

Un mouvement de 5000 « Fon-Dehilahy » à Madagascar lancé par des jésuites

Il faut aller à plusieurs milliers de kilomètres vers le sud pour trouve un pays où l’« indigénisation » du mouvement a été poussée beaucoup plus loin. Il s’agit de Madagascar où coexistent avec les Cœurs Vaillants-Âmes Vaillantes européens plus de 5 000 Fon-Dehilahy. Les « hommes au coeur viril » sont les Cœurs Vaillants malgaches dont le mouvement a été fondé par des pères jésuites, s’inspirant des méthodes du mouvement français. Les prêtres, missionnaires ou autochtones, avaient compris que la mise en place du mouvement Cœurs Vaillants-Âmes Vaillantes en dehors de l’Hexagone devait tenir compte des conditions fort différentes de vie et de culture. Il ne faut pas croire que cela fut si évident. 

Tâcher de partir des conditions réelles dans lesquelles vivent les enfants chez eux et appliquer les principes du mouvement

L’abbé Jean Vignon aumônier national adjoint du mouvement, chargé des rapports entre le centre national et les pays de l’Union française, s’en rendit compte lors de son premier voyage en Afrique fin janvier 1948. Surpris par l’extrême attention et assiduité des enfants à tout ce qui touche à la religion et par leur ouverture à tout ce qui contribue à leur développement, il souffrit de voir qu’à des enfants qui aiment par-dessus tout chanter, on fasse interpréter « Les fiers Gaulois, nos aïeux » ou « Ma Normandie, pays où j’ai vu le jour » et qu’à des enfants très attirés par tout ce qui est parade défilé et rassemblement, on use de matérialités extérieures (foulards insignes, uniformes) sans aucun rapport avec la culture locale. Auprès des missionnaires, il insiste donc sur le fait qu’il ne s’agit nullement de faire, entrer les enfants dans un cadre pré-établi. Au contraire. Il faut partir des conditions réelles dans lesquelles vivent les enfants chez eux et appliquer les principes généraux qui constituent l’essence même du mouvement quitte à ce que ces applications soient très différentes de celles qui existent en banlieue parisienne ! (…)

Fin 1948, un premier groupe d’Âmes vaillantes est reconnu en Guadeloupe

Il s’agit du groupe de Pointe­-Pitre, constitué fin 1946 et qui n’a cessé de croître. Au moment de sa reconnaissance, il compte un aumônier, une religieuse, vingt-huit dirigeantes, quatre aspirantes-dirigeantes et deux cent treize Ames Vail­lantes âgées de sept à quinze ans. Ces dernières sont toutes de milieu urbain et de familles pauvres. La majorité d’entre elles ont pour tout logement une seule et unique pièce dans laquelle on trouve un lit qui sert à toute la famille. Elles n’en vendent pas moins de trois cent cinquante journaux Âmes Vaillantes et visitent les malades. Si elles se retrouvent aux Ames vaillantes, c’est que pour beaucoup de leurs parents, il y a l’espoir que là, elles seront formées et préparées à affronter les multiples problèmes de la vie.

Développement des Coeurs vaillants à l’étranger et création du Midade

En 1956, la « campagne d’échange » se fait entre groupes d’Outre-mer et groupes d’enfants malades des hôpitaux, désireux de mieux connaître ­leurs frères et sœurs de l’étranger. Ils n’ont que l’embarras du choix puisque ces derniers vivent un peu partout dans le monde. Des groupes sont en effet implantés dans les pays connus aujourd’hui sous le nom d’Algérie, Maroc, Tunisie, Égypte, Côte-d’Ivoire, Bénin, Guinée, Burkina Faso, Sénégal, Gabon, République Centrafricaine, Togo, Tchad, Cameroun, La Réunion, Île Maurice, Guadeloupe, Guyane, Martinique, VietnamTurquie, Nouvelle-Calédonie, Vanuatu, Inde (Pondichéry) et Suisse. A côté du mouvement Malgache « Les Fon-Dehilany », deux autres mouvements s’inspirent des méthodes Cœurs Vaillants. Il s’agit des « Kaoériens », dans l’actuel Zaïre, et les « Bannasimba », en Ouganda. Autre signe de la vitalité de l’esprit Cœurs Vaillants : la naissance de journaux véhiculant celui-ci en langue indigène. Après Kisito paraissent en effet Bamba au Brésil, Lo Fong Pao en langue chinoise, Joyful Vangur, en langue malaise, Tre Xanh au Vietnam, Corval en Colombie et un journal en langue siamoise. En 1957, ce sera au tour d’lbalita de naître à Madagascar.

Une opération « jumelage » entreprise en 1958

Une telle diversité de pays et de journaux rend d’autant plus intéressante l’opération « jumelage » lancée en 1958 par la branche urbaine CVAV. Elle se fait de groupe à groupe entre, d’une part, ceux de la métropole et d’Afrique du Nord et, d’autre part, ceux d’Afrique noire, d’Asie et des autres continents. Pour les organisateurs, cela se veut être un jumelage entre « chrétiens ». C’est la raison pour laquelle ils souhaitent que celui-ci se fasse de diocèse à diocèse : tous les groupes d’un diocèse seront jumelés à des groupes d’un même autre diocèse. L’intention est que les enfants centrent avant tout leur actions sur un partage de vie, en racontant les activités qu’ils réalisent et quelques éléments de leur vie. Ils échangent donc lettres, dessins, photos, timbres, cartes postales (ou foulards comme avec Bamako, ndlr). Le diocèse de Bordeaux est ainsi jumelé à celui de Martinique, les Cœurs Vaillants et Ames Vaillantes de la fédération de Besançon avec des groupes isolés du Tchad, du Niger, du Japon, de Chine et d’Israël, les groupes du diocèse de Metz avec les enfants du Togo du Bénin (à ce moment-là Dahomey).

Vers l’autonomisation des mouvements à l’étranger

Le pari va être tenu. Quelques semaines après la signature à Évian, 18 mars 1962, d’accords reconnaissant l’indépendance algérienne et trois mois avant l’ouverture du concile Vatican II, se tient à Paris la première rencontre internationale. Les enfants y sont pour quelque chose. Ils ont fait de leur campagne d’année 1961/1962 une véritable ouverture à l’universel. Par un grand jeu, ils sont allés de Chanteville à Chantemonde, découvrant de multiples façons les chemins parcourus par les enfants du monde entier pour christianiser le monde des enfants. Par leurs actions, avec leurs parents et leurs dirigeants, ils ont permis aux délégués d’Asie, d’Amérique et d’Afrique de se rendre à Paris, vendant au moment de Noël cartes postales et fleurettes. Ces gestes de solidarité des enfants de France avec tous les enfants du monde sont essentiels. Ils tracent un chemin au moment même où la rencontre internationale consacre l’autonomie des mouvements Cœurs Vaillants-Âmes Vaillantes, en mettant en place une nouvelle structure de collaboration entre tous les membres de la grande famille des Cœurs Vaillants et Âmes Vaillantes.

Participants de la rencontre internationale de 1962

1962 : première rencontre internationale Cœurs Vaillants-Âmes Vaillantes

Venus de près d’une trentaine de pays, ils sont cent trente délégués à se retrouver du 21 au 27 juillet 1962. Vingt-trois équipes nationales sont présentes : Sénégal, Mali, les actuels Burkina Faso et Bénin, la Côte-d’Ivoire, le Togo, le Tchad, la R.C.A., le Gabon, le Congo-Brazzaville, l’île Maurice, l’Egypte, la Jordanie, la Malaisie, la Thaïlande, le Vietnam, Hong Kong, la Colombie, l’Argentine, le Chili, la Suisse et la France. Le Cameroun et l’Espagne ont envoyé des observateurs et sont présents quelques représentants des fédérations de Martinique, de Guadeloupe, de la Réunion, de Wallis et Futuna, de Tunisie, d’Inde et de Madagascar. Elles donnent leur acquiescement à l’idée que chaque nation a droit au respect et chaque enfant à une éducation tenant compte des leurs valeurs propres à sa culture. Elles affirment que le mouvement se veut universel et que l’espérance chrétienne donne sens à la vie de tout enfant. C’est ce que n’oublie pas de développer Guy Dupuy à l’ouverture de rencontre quand il déclare que le mouvement Cœurs Vaillants-Ames vaillantes « commence à se penser comme un monde où les contrastes s’aiguisent, où les génies particuliers de chaque race et de chaque peuple se mettent en valeur et où les interdépendances se créent ». Un statut est donné à la Commission internationale du mouvement et les délégués se choisissent un bureau. A l’unanimité, ils adoptent des « critères de base » pour une fidélité à l’esprit du mouvement Cœurs Vaillants-Âmes Vaillantes, critères qui doivent servir de fondement à une authentique Action catholique de l’enfance. 

Se dire en un pays membre de la famille des Cœurs Vaillants et Ames vaillantes, c’est faire sienne une certaine conception de formation chré­tienne et d’action apostolique.

C’est reconnaître que le mouvement est mouvement de masse et de formation personnelle, s’appuyant sur les possibilités de l’enfant baptisé ou catéchumène. C’est dire que l’action de l’enfant se réalise essentiellement mais non exclusivement dans le monde des enfants. C’est rechercher une pédagogie qui tienne compte des données psychologiques propres à chaque enfant et des acquis de l’Action catholique. C’est accepter que le mouvement, de par sa volonté à être mouvement Église, ne saurait s’organiser sans une approbation de l’Église locale présentée par sa hiérarchie. C’est enfin collaborer avec les autres organismes et mouvements qui, de près ou de loin, se saisissent du problème de l’enfance. (…)

Le MIDADE est reconnu par le Saint-Siège en 1973

Depuis la première rencontre internationale, la famille s’est agrandie. Le Cameroun est dorénavant membre à part entière comme le Cambodge, Ceylan (Sri Lanka actuel), Singapour, le Liban, la Syrie, Monaco, l’Algérie et le Maroc. Du Brésil, de l’Uruguay et d’Équateur sont venues des personnes attentives aux problèmes de l’enfance et soucieuses d’implanter dans leur pays l’Action catholique de l’enfance. Quant aux responsables des « Aspiranti », c’est-à-dire du mouvement des enfants italiens, ils se mettent au service des participants pour que cette 2e rencontre internationale soit un succès. De fait, elle l’est et nous pouvons nous en rendre compte à un signe. Les statuts officiels du mouvement international sont définis et votés, et les délégués choisissent un nom de mouvement. Désormais le mouvement international Cœurs Vaillants-Âmes Vaillantes s’appellera Midade, c’est-à-dire le Mouvement international d’apostolat des enfants. Jackie Fabre, secrétaire général internationale et permanente du mouvement international, est élue présidente. Elle est assistée de six vice­-présidents – un par grande zone géographique – et de deux secrétaires généraux : Aristide Jules, du Sénégal, et Bernadette Cantenot, de France. Mission leur est donnée de veiller à l’application des textes et résolutions travaillés pendant la rencontre.

Paul VI : « « Les apôtres des enfants sont les enfants eux-mêmes … »

Premier texte à retenir l’attention des participants, c’est celui du décret sur l’apostolat des laïcs voté au cours du Concile et rappelé à juste titre par pape Paul VI lors de l’audience pontificale à laquelle participent les membres du Midade. On peut en effet y lire : « Les enfants ont aussi leur apostolat propre à exercer : à la mesure de leurs possibilités, ils peuvent être de vivants témoins du Christ au milieu de leurs camarades. » (III, 12). Il y a là le résumé de tout le projet d’une Action catholique de l’enfance voulue par le Midade et dont Paul VI en définit ainsi la mission : « Les apôtres des enfants sont les enfants eux-mêmes … (Il faut) donner à l’enfant, dans le cadre d’une communauté enfantine à sa taille, une formation chrétienne solide, qui lui donne le désir et les moyens de devenir, i aussi un apôtre … (car) les enfants d’aujourd’hui sont les hommes de demain. S’ils ont été, dès leur jeune âge, orientés vers l’apostolat par une formation appropriée, ils seront en mesure de fournir un jour à l’Église les militants, jeunes et adultes, dont elle a besoin pour poursuivre sa tâche évangélisation dans ce monde en pleine transformation > (20 juillet 1966). (…)

Reconnaissance du Midade comme un mouvement d’Eglise

C’est la raison pour laquelle ils considèrent le MIDADE comme « mouvement d’Eglise » et veulent permettre à tous les enfants, de tous âges et de tous lieux, de découvrir Dieu et de vivre de leur foi chrétienne dans les réalités humaines.

Autre texte de référence : le texte des résolutions de la 2e rencontre internationale. Il précise dans le concret et pour les quatre années à venir le travail auquel doivent s’atteler les uns et les autres dans une fidélité à l’Église post-conciliaire. Cela passe d’abord par faire reconnaître officiellement le MIDADE comme organisme international par le Saint-Siège. Le chemin sera long puisqu’il faudra attendre le 12 février 1973. Cela passe également par intensifier à tous les niveaux la collaboration avec les mouvements frères. Par mouvements « frères », le MIDADE veut parler en tout premier lieu des mouvements de jeunes et d’adultes d’apostolat de milieux. Mais il y intègre également tous les mouvements d’enfants.

A lire également